Votre projet est une course au large

La course au large en voilier est un sport qui présente beaucoup de similitudes avec un projet de construction de bâtiment, ou de refonte de système d’informations. En voici quelques unes, mises en perspective avec les bonnes pratiques qu’il convient – selon nous – d’en retirer.

A terre, puis en mer

Une course au large se décompose en deux grandes phases, aux enjeux différents. A terre, le temps de la réflexion, de la préparation, de la stratégie, de la conception. En mer, le temps de l’action, sous pression des éléments et avec une capacité à agir plus limitée, une gestion des risques et des imprévus. Comme un projet, une course mal préparée est une course perdue. Une course bien préparée peut éventuellement être gagnée… Pour être efficace dans chaque phase, l’équipe de parties prenantes devra adapter son comportement : on n’appréhende pas une phase de conception comme une phase de réalisation. A ce titre, les réunions de kick off de type « pose de la première pierre » ne sont pas que symboliques, elles peuvent permettre d’aider à matérialiser le changement de phase. Dans tous les cas, on comprend bien que certains choix faits en conception ne pourront plus être modifiés en réalisation…

L’objectif et l’engagement

Lorsqu’un skipper envisage une course, il commence par définir ses objectifs : tout est possible depuis « simplement participer » (voir « juste finir ») jusqu’à « remporter la course ». Ensuite, il fixe le niveau d’engagement : entre « pour s’amuser » et « on donne tout ». En général, ces deux éléments sont relativement proportionnels. Dans tous les cas, ils doivent être clairement énoncés, connus, et acceptés par l’équipage, les sponsors…

Dans un projet, être clair et transparent dans la définition des objectifs (une échéance spécifique, une marque budgétaire, un niveau de qualité, etc.) permet à chaque partie prenante d’adapter ses efforts, ses attentes. Accepter ces éléments doit être une condition d’embarquement dans le projet.

L’équipe

La constitution d’un équipage est une alchimie subtile. Les compétences comptent au moins autant que les individualités, qui changent selon les phases (à terre, en mer), la pression, la fatigue… La clarté des objectifs et de la feuille de route, ainsi qu’une période de préparation à terre permet en général d’aborder plus sereinement la phase en mer. Des livres entiers pourraient être rédigés sur la question de la sélection des parties prenantes d’une équipe projet. A notre avis, l’élément clé est l’importance de la cohésion de l’équipe. Elle est possible grâce à une sélection appropriée et à la clarté des objectifs à l’embarquement puis elle est maintenue par le respect de l’humain dans les échanges.

La stratégie, la tactique

On distingue généralement ces deux notions de la manière suivante. La stratégie représente le routage prévisionnel du bateau, construit notamment en fonction de ses forces et faiblesses et de la prévision météo. La tactique définit les choix du bateau par rapport à ses concurrents et leur propre stratégie. Ce sont donc deux modèles décisionnels, qui font généralement appel à des échelles de temps différentes (longs termes vs courts termes). Dans un projet, la stratégie s’apparente pour nous à la feuille de route prévisionnelle générale. Tandis que la tactique correspond aux protocoles de décision prévus en phase de préparation (par exemple, un groupe réduit de décisionnaires, capables de trancher rapidement, peut être en fonction du sujet). Sans stratégie, le projet manquera de dynamique et risque de ne pas atteindre ses objectifs. Sans tactique, le projet subira fortement les aléas extérieurs.

Que retenir

Bien d’autres parallèles pourraient être tirés entre une course au large et un projet d’ampleur. Et si le sujet vous intéresse, nous serons ravi d’en parler autour d’un café. Mais s’il fallait retenir une seule idée en quittant cette page ? C’est qu’un projet est une aventure : il y aura des imprévus, des inquiétudes, des joies, des personnes de bonne ou mauvaise humeur certains jours, des choix heureux et d’autres moins, … Autrement dit un ensemble de paramètres vivants, qui ne se résument pas à une liste de parties prenantes engagées par des contrats signés…


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